Images et graphiques pour le web
Jean-Claude SOHM - CERIG / EFPG
Article pris sur le site cerig.efpg.inpg.fr/dossier/web_graphique/sommaire.htm
Aujourd'hui, un site web sans image est devenu quelque chose de rarissime.
L'excès inverse (trop d'images) est plus fréquent, et nous avons
tous rencontré ces pages web qui n'en finissent pas de se charger, parce
qu'elles contiennent trop d'images. Dans la barre inférieure du navigateur
s'affiche alors le message : "(45 éléments restant(s)) Ouverture
de la page http://...". Et le nombre d'éléments à télécharger
est décrémenté doucement, tandis que la page en cours
s'affiche progressivement... si l'internaute a la patience d'attendre.
Car les images sont comme les pages web, elles sont contenues dans un fichier,
et ce dernier est plus ou moins gros. Lorsqu'on parle du "poids" d'une
image numérisée, il faut comprendre qu'il s'agit de la taille
du fichier correspondant. Une toute petite image "pèse" quelques
dizaines ou centaines d'octets, une grosse image quelques dizaines ou centaines
de kilo-octets.
Certes, le débit du web (encore appelé "bande passante")
s'est bien amélioré au cours des années, mais de très
nombreux utilisateurs sont encore reliés à Internet via une ligne
téléphonique ordinaire (RTC) et un modem 56K. Dans le meilleur
des cas, le débit descendant (du serveur web vers l'internaute) atteint
50 Kbps (kilobits par seconde). La patience de l'internaute moyen a une limite
bien connue : si rien ne s'affiche au bout de 10 secondes, il se dirige vers
un autre site. Or en dix secondes, il a reçu au mieux 60 Ko d'information.
On ne peut donc pas faire n'importe quoi en matière de taille des fichiers
destinés au web, qu'ils contiennent des pages web ou des images.
C'est pourquoi dessiner pour le web est devenu -- sinon un métier à part
-- du moins une spécialisation dans la formation des infographistes.
Quand on dessine pour l'imprimé, c'est la qualité qui prime ;
quand on dessine pour le web, c'est le poids. Ceux qui oublient cette règle
simple surchargent les pages du site pour lequel ils dessinent, et nuisent à son
audience. Si l'on crée une page web, ce n'est pas pour le plaisir, c'est
pour qu'elle soit vue par le plus grand nombre possible d'internautes. Il ne
faut pas oublier que, avant d'être lue, une page web doit d'abord être
téléchargée. La présence d'une image accroît
le temps de déchargement, et il faut que le message transmis par l'image
(sous forme graphique) ait suffisamment de valeur pour compenser cet inconvénient.
Comme chacun sait, sous forme numérique, l'image pèse beaucoup
plus lourd que le texte. Non compressée, une image de 100 x 100 pixels,
en vraies couleurs (couleur codée sur 24 bits), pèse environ
30 Ko. Sur l'écran du moniteur, elle s'affiche dans un carré de
3 x 3 cm. Par comparaison, un texte de 30 Ko remplit plusieurs pages A4 ! Seules
les techniques de compression permettent de véhiculer sur le web des
images dont la taille dépasse celle d'une petite vignette. Ces techniques
sont très efficaces, certes, mais elles ne peuvent pas faire de miracles.
Toutes les images ne se compressent pas avec la même efficacité,
tant s'en faut, et le concepteur de l'image est souvent en grande partie responsable
de cette situation. Actuellement, et pour des années encore, les infographistes
-- et, plus généralement, tous ceux qui réalisent des
images pour le web -- doivent faire très attention à ce qu'ils
font.
Pour être plus précis, il faut distinguer deux types d'images
numériques :
- l'image en tons continus (en anglais : continuous tone), telle qu'une photographie
ou une peinture (continuous-tone artwork). Une telle image contient un très
grand nombre de couleurs distinctes et de subtils dégradés;
- le dessin au trait (en anglais : line drawing, line work, line art) qui contient
des traits pleins, des aplats (zones de couleur uniforme -- en anglais :
solid color), du texte, voire des dégradés géométriques.
Exemples : un logo, un croquis, un plan, un diagramme (en bâtons, en
anneau, en "camembert"), une carte, une bande dessinée (cartoon),
etc. Une telle image ne contient le plus souvent qu'un nombre restreint de
couleurs.
Pour diminuer la taille d'une photographie numérisée, il faut
d'abord la recadrer pour éliminer les zones inutiles, et réduire
sa taille. Cette opération ayant pour effet d'introduire du flou, il
faut ensuite régler la netteté. Il faut enfin faire un compromis
entre le taux de compression et la qualité de l'image résultante.
Contrairement à la photographie, qui est la reproduction de ce qui
existe, le dessin au trait est généralement créé par
l'homme. Et la manière dont cette création est menée joue
un rôle important sur l'aptitude de l'image à se compresser plus
ou moins fortement. C'est ce point que nous allons développer dans les
chapitres suivants.
Rappelons, pour terminer cette introduction, que l'image joue un double rôle
:
- elle assure une fonction esthétique. Les arrondis, les bordures,
les fonds de page, etc. constituent de bons exemples d'images à fonction
décorative. Une page web correctement décorée est plus
agréable à regarder qu'une page uniquement constituée
de texte noir sur fond gris (voir les débuts du web);
- elle peut transmettre des informations qu'il serait difficile de faire passer
avec du texte seul. C'est le cas de beaucoup de dessins au trait, dans les
domaines scientifiques, techniques, économiques, financiers, etc. --
auxquels il faut ajouter les logos, qui permettent d'identifier un organisme
au premier coup d'oeil. De telles images justifient l'adage qui affirme que "un
bon dessin vaut mieux qu'un long discours". La possibilité de diffuser
des images est l'une des forces d'Internet, et l'une des causes de son développement
fulgurant.
Les images qui transmettent un message informatif sont évidemment plus
importantes que celles qui transmettent un message purement esthétique.
Mais ces dernières ne doivent pas être négligées
pour autant : un même contenu sera plus facilement accepté s'il
est bien présenté, et il faut atteindre un bon équilibre
dans l'utilisation des deux types d'images. C'est tout l'art de ce qu'il
est convenu d'appeler la communication graphique.
Notons pour terminer que toutes les études montrent que la communication
graphique est nettement plus efficace en couleur qu'en noir et blanc ou en
nuances de gris.
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